Quatre élèves-ingénieurs agronomes partent à l’AF’ENTURE

Projet AF’ENTURE : Tour d’Europe de l’agroforesterie de quatre élèves ingénieurs de l’ENSAIA de Nancy

itinéraire du projet agroforestier Af'enture

Récit de l’itinéraire de ce voyage de 5 mois autour de l’Europe.

Durabilis. Dans quel cadre avez-vous réalisé ce voyage d’étude ?

Notre école d’ingénieur offre la possibilité à ses étudiants de réaliser une année de césure entre l’avant dernière et la dernière année d’études. C’est une année de « break » qui peut prendre des formes diverses et variées : stage en entreprise, projet humanitaire, séjour à l’étranger… Mais le tout placé sous le signe de l’échange et de la découverte !
Nous faisons toutes les 4 parties de l’association 3D’tour, association d’étudiants de l’ENSAIA, qui a pour objectif d’encadrer et de soutenir des projets étudiants en lien avec le développement durable.
Sensibilisées dès notre 1ère année à l’ENSAIA par les actions étudiantes menées dans le cadre de cette association, nous nous sommes unies pour construire un projet personnel recoupant nos intérêts personnels. De là est né le projet AF’Enture pour AgroForesterie en Europe !

Durabilis. Pourquoi avez-vous choisi le thème de l’agroforesterie ?

L’idée nous est initialement venue de la découverte d’une association paysanne en Amazonie, qui développe des cultures sous couvert forestier, afin de lutter contre la déforestation et de garantir une production plus durable. Nous nous sommes dès lors renseignées sur cette conception de l’intégration des arbres et des cultures : l’agroforesterie.
Nous sommes toutes les quatre spécialisées dans des domaines différents. Nos spécialisations recoupent les sciences de développement des filières agricoles (animales et végétales), les sciences du sol, de l’eau et plus généralement de l’environnement ainsi que des connaissances plus spécifiques sur les cultures et leur protection (maladies, ravageurs, …). L’agroforesterie, au carrefour de toutes ces notions, nous a semblé être un sujet intéressant pour mener notre projet itinérant.

Durabilis. Quelles ont été les principales étapes de votre projet d’étude ?

Dans un premier temps, nous avons réalisé un important travail de recherche bibliographique. Nous nous sommes documentées sur l’agroforesterie en milieu tempéré à partir de publications, de fiches techniques, de textes réglementaires…
Nous avons également construit un dossier de financement et nous avons alors démarché toutes les structures susceptibles d’être intéressées par notre projet.
Par la suite nous avons pris contact avec les principaux acteurs et les principales structures françaises de l’agroforesterie (AFAF, AGROOF, INRA de Montpellier). Ces sources précieuses nous ont orienté sur la construction de notre projet et nous ont donné leurs différents contacts en Europe.
Une fois cette liste de contact constituée et après avoir pris nos premiers rendez-vous, nous sommes parties à l’assaut de l’agroforesterie européenne !
D’abord en France, afin de bien maîtriser le sujet puis dans les pays du Sud (Espagne, Italie, Grèce), dans les pays de l’Est (Bulgarie, Roumanie, Ukraine, Pologne), nous sommes remontées jusqu’en Suède avant de traverser les Pays-Bas et la Belgique pour rentrer en France (cf itinéraire).

Pendant ces cinq mois de voyage nous sommes allées à la rencontre de tous les acteurs européens de l’agroforesterie : agriculteurs, associations, chercheurs, … Nous avons ainsi recueilli leur ressenti sur cette forme d’agriculture et nous avons souvent ouvert le débat sur finalement quelle agriculture européenne pour demain ?

parcelle agroforestière

Entretien avec Pascal R. sur une parcelle agroforestière, Haute-Loire

Aujourd’hui nous sommes dans la deuxième phase de notre projet : le retour sur expérience. Il s’agit de faire partager notre découverte et de participer à la promotion de l’agroforesterie.
Pour cela, nous organisons des conférences, des expositions photos et des interventions auprès de nos partenaires, des étudiants de notre école et de lycées agricoles. C’est une phase très importante de valorisation de notre projet et c’est très enthousiasmant de voir que les gens s’y intéressent!
Nous travaillons en parallèle sur la confection d’un rapport synthétisant notre voyage et sur la création d’un film. Malheureusement il est parfois difficile de dégager du temps pour tout faire, la dernière année d’étude étant très chargée !

Durabilis. Quels exemples de systèmes agroforestiers vous ont le plus marqués durant votre étude de terrain ?

Il existe une très grande diversité de systèmes agroforestiers tous aussi intéressant les uns que les autres ! L’agroforesterie dite moderne (alignements d’arbres en plein champ) que nous avons découvert en France notamment est un concept original qui à première vue marque les esprits!

Mais par la suite, tout au long du projet nous avons découvert des associations atypiques productives telles que l’association « poules-asperges-oliviers » dans le centre de l’Italie. C’est en effet, une idée innovante et originale que nous a présenté Adolfo Rosati chercheur et agriculteur Italien. L’asperge sauvage pousse naturellement au pied des oliviers, se vend près de 12€/kg et est très recherchée par les restaurateurs. Alors introduire des plants d’asperges sauvages au sein des oliviers permettrait à l’agriculteur un complément de revenu. A cela peut s’ajouter l’élevage extensif de poulets qui profiteraient de l’ombre des oliviers et seraient source de fertilisation.

La dehesa ibérique, le plus grand système agroforestier d’Europe, que nous avons parcouru dans les débuts de notre voyage est resté un des coups marquants de notre voyage. La dehesa est le résultat d’un éclaircissement de la forêt méditerranéenne primaire pour les besoins des agriculteurs et des éleveurs de la région. C’est donc une forêt ouverte gérer de manière extensive où les bovins, caprins, ovins et porcins y pâturent, ils se nourrissent d’herbes, de feuilles et de glands. La surface d’une exploitation en dehesa peut atteindre plus de 1000 ha!

L’Allemagne a été un pays riche de découvertes également : des arbres pour restaurer la fertilité d’une ancienne mine de charbon, des arbres pour limiter l’érosion éolienne et des arbres, juste pour le plaisir ! En effet, à Seedorf, Hannelore Witzendorff nous a fait découvrir son « agroforesterie artistique » implantée sur sa propriété depuis 10 ans et conçue par l’artiste Frank  Schumann. Des arbres disposés en arcs de cercle avec au départ une idée d’intégrer des cultures de couleurs différentes entre chaque rangée. Un concept pas très productif mais élégant…!

Durabilis. Après cette expérience, pensez-vous que l’agroforesterie ait un réel avenir dans le contexte agricole et forestier français ?

La politique de remembrement des années 1970 à 1980 était d’arracher les arbres afin de créer de grandes parcelles ouvertes plus productives. Or, aujourd’hui on s’aperçoit de tous les bienfaits que peut apporter l’arbre : pollinisation, biodiversité, lutte contre l’érosion, apport de matière organique, effet sur le micro-climat…
Après ce voyage, après avoir rencontré tant de personnes, toutes convaincues que l’agriculture actuelle ne peux pas perdurer si elle suit ce modèle et après avoir vu autant de modèles qui intègrent l’arbre et qui fonctionnent, il est inconcevable pour nous d’imaginer une agriculture non agroforestière (au sens large du terme).

Nous pensons que l’arbre a un rôle essentiel à jouer en agriculture et pas seulement !

D’ailleurs, cela se traduit par l’engouement actuel que crée l’agroforesterie. De plus en plus de revues agricoles et non agricoles en parlent, de nombreux agriculteurs français se sont lancés et nous pensons que beaucoup d’autres suivront!

Durabilis. Finalement, votre année de césure est-t-elle un plus dans votre cursus ?

L’année de césure est un gros plus dans notre CV, c’est certain ! Nous avons, ces dernières semaines, passées toutes les quatre des entretiens pour notre stage de fin d’étude et nous sommes toutes d’accord là-dessus, ce projet a fait pencher la balance en notre faveur ! Cette année hors de l’école nous a permis d’acquérir des connaissances techniques, pas forcément accessibles à l’école, et de nous développer sur le plan humain.
De plus, la gestion d’un projet personnel tel que notre projet AF’Enture est très recherchée par les employeurs : cela montre que vous êtes autonomes, débrouillards, créatifs et capables de prendre des initiatives.
Voila, vous aurez compris, on ne peut que le conseiller, et c’est aussi une manière de rester étudiant un an de plus !

Projet réalisé par Elodie Baqué, Aurore Duquesne, Carole Faure, Dorine Poncet
Etudiantes de l’ENSAIA (Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie et des Industries Agroalimentaires de Nancy).
Lien du blog Af’enture  : http://afenture.over-blog.com/ 

Propos recueillis en février 2013 par J. Valina
Présenter votre projet étudiant


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